Autonomisation des femmes et des filles en milieu rural (1ère partie)

Par Nancy NTUBU et Bobette EWULI

Cet article est un extrait du discours présenté par Nancy et Bobette (Toutes 2 membres du bureau exécutif d’I243) lors de la 62ème session sur « la condition des femmes » organisée par l’ONU du 12 au 23 mars 2018 à New York (USA).

Dans les années 60, les femmes et les filles congolaises (RD Congo) avaient un faible niveau d’instruction. Elles n’étaient pas ou très peu présentes dans les organisations politiques ou économiques du pays. Pendant de nombreuses années, les femmes et les filles congolaises ont souffert de négligence. Il était difficile pour ces femmes et ces jeunes filles de se positionner dans la société. Leur rôle a été réduit à celui d’animatrice populaire, conseillère occulte de leurs maris, secrétaire. Cette situation n’a cessé d’évoluer dans cette direction, sans réel progrès.

De nos jours, à l’ère de la parité, comme le reconnait la Constitution du pays, et la Loi n° 15/013 du 1er Août 2015 portant sur les modalités d’application des droits de la femme et de la parité, nous constatons malheureusement de nombreuses inégalités et obstacles à l’émancipation totale de la femme congolaise. A titre d’exemples, nous pouvons citer les obstacles familiaux, les obstacles liés à l’inaction des pouvoirs publics qui est un frein à l’émancipation de la femme, les obstacles sociaux et culturels qui cantonnent la femme au rôle de « servante de son mari ».

Dans le but d’apporter un soutien aux problèmes rencontrés en RD Congo sur l’autonomisation de la femme/fille et la parité, il convient dans un premier temps de décrire le contexte économique social et politique de la RDC. Ensuite, dans un second temps, il est nécessaire d’apporter des préconisations, l’objectif étant d’aboutir pour finir à l’identification de solutions efficaces pour le devenir de ces femmes/filles congolaises.

Contexte économique, social et politique en République Démocratique du Congo

Dans un pays frappé par la crise économique, l’éducation n’est en aucun cas la priorité dans la plupart des familles. La priorité est : « Qu’allons-nous manger aujourd’hui ? ». C’est ce que nous avons constaté en RD Congo. Nous avons pu identifier des difficultés à l’émancipation de la femme et des filles, que voici :

1. Pauvreté

La RD Congo est un pays où la pauvreté est présente et visible. Le nombre d’enfants dans les rues à la recherche de nourriture s’est accru depuis quelques années.

Cet état de pauvreté économique favorise l’accroissement des inégalités :

  • Les parents dans une extrême pauvreté vont préférer envoyer à l’école, les garçons plutôt que les filles.
  • L’augmentation des mariages précoces (la dot offerte par le mari permet à la famille de la fille de subvenir à leur besoin).
  • Les filles se donnent à la prostitution pour prendre soin des membres de leur famille. Parfois, elles commencent quand elles sont encore mineures.
  • Pour celles qui étudient ou qui veulent étudier, si elles sont issues d’une famille pauvre elles n’ont pas le choix que de payer leur inscription, leur réussite par la prostitution.
  • Les familles pauvres donnent leurs enfants à des femmes aisées en contrepartie d’une rémunération (principalement des filles) on les appelle « les enfants esclaves ». L’objectif étant de diminuer leurs charges sociales (une bouche en moins à nourrir). Ces filles sont comme des esclaves et travaillent toute la journée comme ménagère, baby-sitter, cuisinière. Elles commencent dès le bas âge.

Cet état de pauvreté donne naissance à des inégalités entre les filles et les garçons. Les filles ne reçoivent pas l’éducation, l’instruction qu’elles sont supposées avoir à leur âge. Généralement, ces petites filles ne vont pas à l’école et à l’âge adulte elles finissent (pour un certain nombre d’entre-elles) analphabète.

 

2. La culture et la tradition

Dans la culture congolaise, l’homme a un rôle important, et le rôle de la femme a tendance à passer en second plan. La perception culturelle du rôle de la femme se limite généralement aux tâches ménagères. Elle assure la cuisine, s’occupe des enfants, et veille à respecter le devoir conjugal.

En RD Congo, le taux de fécondité est élévé; 6,45 enfants par femme en 2015 contre 2,01 enfants par femme en France par exemple la même année. Dans les campagnes par exemple, la journée d’une femme s’articule autour de 3 activités : travail au champ, la cuisine et la reproduction. La majorité de ces femmes ne savent ni lire, ni écrire.

Aujourd’hui, la situation économique du pays est telle que certaines femmes ont une activité professionnelle (vente des produits frais dans les marchés, petits commerces) qui les aide à prendre soin leur famille en apportant un repas et à envoyer certains enfants à l’école. En retour, elles n’ont que très peu de considération sociale.
Dans certaines ethnies, lorsque le père meurt, les femmes sont dépouillées, les enfants ne peuvent plus aller à l’école. La seule solution qui reste pour survivre c’est la prostitution pour les filles. Ainsi, les opportunités qui étaient devant celles qui allaient à l’école sont subitement limitées, voire même terminées.
Dans plus, avec la situation d’insécurité entretenue dans l’est du pays et dans la région du Kasaï, les parents refusent d’envoyer les filles à l’école car les femmes et les filles sont régulièrement agressées sexuellement.
Dans un tel contexte socio-culturel les femmes et les filles peuvent difficilement s’émanciper.

 

3. Les réalités du milieu professionnel

En milieu universitaire et professionnel, à compétence égale, la femme est soumise à de grandes pressions supplémentaires comme le harcèlement sexuel, des abus sexuels, le harcèlement moral.

Cette problématique est encore plus forte en RD Congo avec ce qu’on appelle communément « les cotes sexuellement transmissibles » dit CST. En RDC, le système d’évaluation est appelé « cote ». Ainsi, en le milieu universitaire, certains professeurs obligent les jeunes filles à avoir des relations sexuelles avec eux pour réussir dans leurs études.
En dépit, des lois existantes sur l’égalité des sexes, ou la loi du travail ; cette réalité existe dans le pays. Pour éviter l’humiliation et/ou d’être confrontées à ces difficultés, la majorité des femmes se limitent dans leurs ambitions professionnelles, et même dans leur carrière et leur parcours scolaire.

 

Par Nancy Ntubu et Bobette Ewuli

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